Pointes de Mourti
Samedi matin, nous arrivons au parking du glacier de Moiry. Les sacs sont lourds, les regards pleins d’envie : l’aventure commence. La première montée nous mène droit à la cabane de Moiry, fièrement accrochée face à son glacier. Après un repas revigorant, nous ne tardons pas à chausser crampons et baudriers pour notre premier entraînement sur la glace. Piolets en main, corde tendue, nous avançons prudemment au cœur du glacier : crevasses, nœuds de corde et techniques de progression rythment l’après-midi. Une vraie école de glace, instructive et exigeante, mais incroyablement enrichissante.
Le soir, retour au refuge. L’endroit est superbe, avec sa vue panoramique sur le glacier et les pointes de Mourti qui nous attendent pour le lendemain. Le dîner chaud et copieux, servi dans l’ambiance chaleureuse du refuge, a un goût de réconfort. La nuit, en revanche, n’a rien de reposant : altitude, dortoirs grinçants et sommeil récalcitrant. Peu importe, l’essentiel est ailleurs.
À 6h du matin, frontales vissées sur la tête, nous partons dans le silence de la nuit. Le sentier qui mène au glacier est traître, il faut choisir chaque pas avec précision pour ne pas trébucher avant même d’atteindre la glace. Peu à peu, l’aube se lève. Les frontales s’éteignent et le glacier s’offre à nous. Cordées resserrées, nous progressons entre crevasses et séracs, le décor est grandiose.
Vient ensuite la partie la plus rude : le glacier ayant fondu, il faut remonter par un couloir instable, entre blocs branlants et caillasse glissante. Chaque pas demande vigilance et concentration. Enfin, crampons mordant la neige à nouveau, nous attaquons l’arête finale, encordés, jusqu’à atteindre la pointe de Mourti. Il est près de 11h. Fatigue, joie et fierté se mêlent : le sommet est là, au prix d’une ascension exigeante.
Mais l’alpinisme n’est jamais fini tant que la descente n’est pas accomplie. Et cette descente s’avère plus délicate encore que la montée. Entre passages instables, glissades sur la neige et retour sur un glacier ramolli par le soleil de midi, chaque pas pèse dans les jambes. La chaleur devient écrasante, la crème solaire peine à faire son effet, et pourtant, la cabane se rapproche. Enfin, après une pause bien méritée, nous rejoignons le parking, fourbus mais heureux.
Ce week-end à Moiry n’était censé être qu’une initiation. Pourtant, il s’est révélé une véritable aventure sportive, riche en émotions et en apprentissages. Un sommet gravé dans les jambes, dans la mémoire et, surtout, dans le cœur.